138. « Quand on veut, on peut » : pourquoi ce mantra est faux (et que faire à la place)

« Quand on veut, on peut » : pourquoi ce mantra est faux (et que faire à la place)

C’est l’une des questions qui structurent cet épisode, avec Guillaume Attias, expert en neurosciences et sciences cognitives appliquées. Et la réponse qu’il apporte est aussi simple à formuler que difficile à digérer : la raison n’a jamais été à l’origine de nos décisions ni de nos comportements.

Cette affirmation, qui peut sembler radicale, change radicalement la façon dont on doit lire le célèbre « quand on veut, on peut ». Une phrase qui sonne motivante, qui structure une bonne partie de notre culture, et qui se révèle, à l’analyse, profondément culpabilisante pour celles et ceux qui ne « peuvent » justement pas, malgré leur « vouloir ».

Dans cet épisode, on va explorer ensemble comment se réinventer grâce aux neurosciences et aux petits pas quotidiens, pas en essayant de tout changer d’un coup, mais en utilisant les mécanismes réels de ton cerveau. C’est une plongée dans l’art des micro-ajustements qui, cumulés, créent de grandes transformations.

🎧 Cet épisode fait aussi écho à nos échanges avec Synaptix, où nous avons déjà parlé des bases neuroscientifiques du changement. Pour compléter, tu peux retrouver cet épisode ici.

Pourquoi est-on capable de décider de quelque chose le soir, et de faire exactement l’inverse le lendemain matin ?

Pourquoi nos décisions ne viennent jamais de la raison

Quand notre cerveau perçoit une situation, la première évaluation se joue en moins d’un quart de seconde. Quarante à deux cent trente millisecondes, hors champ de conscience. Le cerveau évalue : « est-ce bon ou pas bon pour moi ? » Et il enclenche un mouvement, ou un retrait, bien avant que la raison ait eu le temps de se prononcer.

Ces premiers mouvements créent ce que les neurosciences appellent des états de tension. D’un côté, le désir et l’envie. De l’autre, l’aversion, la fuite, le combat. Ce sont ces états de tension, et non la raison, qui nous mettent réellement en mouvement.

La conscience, elle, intervient un peu plus tard. Et elle a une tendance étrange : elle s’attribue le mérite de la décision après coup. Elle se raconte une histoire pour expliquer, justifier, donner du sens à un comportement qui était déjà en route. Cette rationalisation a posteriori est un mécanisme bien documenté en psychologie cognitive.

Concrètement, ça veut dire que la phrase « je sais que je ne devrais pas, mais je le fais quand même » n’est pas un échec moral. C’est la description la plus exacte qu’on puisse faire du fonctionnement humain.

Le piège du « quand on veut, on peut »

« Quand on veut, on peut » est l’une des phrases les plus violentes qu’on puisse inculquer à quelqu’un. Guillaume Attias la qualifie même de « pire phrase qu’on ait pu nous enseigner ». Pourquoi ? Parce qu’elle pose une équivalence fausse entre la volonté consciente et la capacité d’action.

Or, les états de tension qui nous mettent en mouvement échappent largement à la volonté. Ils sont façonnés par notre histoire, notre éducation, nos expériences, notre fatigue du jour, nos hormones, notre environnement. La conscience peut influencer ces états, sur la durée, par un travail répété. Mais elle ne peut pas les désactiver d’un claquement de doigts.

Quand une personne dépressive n’arrive pas à se lever le matin, ce n’est pas qu’elle ne veut pas assez fort. Ses états de tension sont configurés de telle façon que se mettre en mouvement coûte une énergie qu’elle n’a tout simplement pas. Lui dire « quand on veut, on peut » revient à doubler la souffrance d’une culpabilité injustifiée.

La déconstruire ne veut pas dire renoncer à changer. Au contraire. Ça veut dire arrêter de se fouetter avec une croyance qui bloque le changement, et regarder comment le changement se produit réellement.

La façon de faire compte plus que le résultat

Une des idées les plus libératrices de l’épisode tient en quelques mots : ce qui nous définit, ce n’est pas le résultat de ce qu’on fait, c’est la façon de le faire.

Guillaume Attias prend un exemple parlant. Imaginons deux élèves en cours d’anglais. Brian, dont la mère est anglaise, rend une copie sans effort et obtient 19. Dupont, qui aide ses parents jusqu’à 22 heures avec ses quatre frères et sœurs et fait ses devoirs à 23 heures malgré l’épuisement, obtient 3. Si on regarde le résultat, Brian est un bon élève. Si on regarde la façon de faire, Dupont est en réalité un bien meilleur élève.

Ce déplacement de regard est central. Parce que le résultat ne dépend pas uniquement de nous. Il dépend de notre environnement, de nos ressources, des circonstances. La façon de faire, elle, est directement liée à qui nous sommes : nos valeurs, notre régularité, notre rapport à l’effort.

S’évaluer sur la façon de faire au lieu du résultat permet deux choses précieuses. D’abord, retrouver un sentiment de fierté qui ne dépend pas du succès extérieur. Ensuite, créer une mécanique de reconnaissance de soi qui devient son propre carburant, sans avoir besoin de la validation des autres.

Les petites actions répétées plutôt que l’effort héroïque

Pour le cerveau, une grosse action ponctuelle a beaucoup moins d’impact que trente petites actions répétées. Pourquoi ? Parce que ce qui modifie nos circuits neuronaux, c’est l’activation répétée des voies neuronales, pas l’intensité d’une activation isolée.

C’est le principe de la neuroplasticité : plus une voie est empruntée, plus elle se renforce. À l’inverse, les voies peu utilisées s’élaguent progressivement. Le cerveau optimise en permanence ses ressources en favorisant ce qu’on fait souvent.

Une mini-action quotidienne change donc plus la personne qu’une décision spectaculaire prise une fois par an. Cinq minutes de marche tous les jours transforment plus le cerveau qu’une heure de sport intense une fois par mois. Trois lignes d’écriture chaque matin construisent plus un écrivain qu’une retraite d’écriture de cinq jours.

Et la bonne nouvelle, c’est que la neuroplasticité opère toute la vie. Elle est massive jusqu’à 25 ans, mais elle continue jusqu’à la fin. Aucun âge n’est trop tard pour reconfigurer ses chemins.

Se déculpabiliser ne veut pas dire ne rien faire

Voilà le point d’équilibre que Guillaume Attias tient avec précision. Comprendre que la raison ne contrôle pas tout, ce n’est pas une autorisation à se laisser aller. C’est une invitation à se traiter avec bienveillance pendant le travail de fond.

La bienveillance, ici, n’a rien à voir avec se dire que tout va bien. Elle consiste à porter un regard juste sur soi, sans culpabilité parasite. À reconnaître un comportement qu’on aimerait modifier, et à se demander, sans s’écrouler dans le jugement : qu’est-ce que je peux ajuster pour que demain ressemble un peu plus à ce que je veux être ?

Cette posture demande du temps. La biologie n’aime pas l’instantanéité de notre époque. Une graine ne germe pas plus vite parce qu’on la regarde plus fort. Nos circuits neuronaux ne se reconfigurent pas en une nuit non plus.

Et elle demande, presque toujours, de ne pas faire ce travail seul. Pas parce qu’on serait incapable, mais parce que notre cerveau social est conçu pour évoluer dans la relation. Apprendre à s’entourer, à demander de l’aide, à accepter d’être accompagné, c’est une forme d’intelligence, pas une faiblesse.

Écouter l’épisode

Dans cet épisode, Guillaume Attias développe également la mécanique addictive au sens neurologique (très éloignée de l’addictologie clinique), la place du regard de l’autre dans la construction de soi, et pourquoi le conjoint est probablement la pire personne pour aider à changer.

Ressources pour aller plus loin

  • 🎧 Écoute l’épisode complet avec Guillaume Attias : lien ci dessous
  • 🌐 Découvre le site BMO :.
  • 💼 Connecte-toi avec Guillaume sur LinkedIn :
  • 📘 Mon livre Mon Hypersensibilité, une force insoupçonnée : le livre
  • Découvre le Bouton Pause : l’outil que j’ai créé pour t’aider à calmer ton mental et retrouver ton équilibre intérieur

En résumé : comment se réinventer grâce aux neurosciences et aux petits pas quotidiens

Cet épisode est une invitation à sortir de la culpabilité, à comprendre les bases neuroscientifiques du changement et à avancer petit à petit, chaque jour. Car c’est à force de gestes répétés, de décisions conscientes et de bienveillance envers soi-même qu’on se réinvente.

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